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Ce que révèle le rapport du Sénat sur les pratiques des distributeurs avec les industriels

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De gauche à droite, Anne-Catherine Loisier, présidente de la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire et Antoinette Guhl , rapporteur du rapport.

Dans un rapport dévoilé le 21 mai, le Sénat dénonce les pratiques commerciales jugées “brutales” des enseignes vis-à-vis de leurs fournisseurs industriels de l’agroalimentaire et les contournements des lois EGalim. 24 propositions sont formulées pour améliorer le partage de la valeur.

La commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de l’industrie agroalimentaire a livré, le 21 mai, un constat sévère et sans détour : la guerre des prix menée par les enseignes fragilise l’ensemble de la chaîne alimentaire française. Derrière des marges nettes officiellement faibles, les sénateurs décrivent un système dominé par quelques centrales d’achat hyperpuissantes, où les industriels, les PME et les agriculteurs supportent l’essentiel de la pression économique.

Adopté le 19 mai 2026 après six mois d’auditions et 189 entretiens, le rapport piloté par la sénatrice écologiste Antoinette Guhl et présidé par la centriste Anne-Catherine Loisier formule 24 propositions pour restaurer un « partage plus équilibré de la valeur ».

Un rapport qui dénonce la “guerre des prix”

Les auteurs estiment que la grande distribution s’est enfermée dans une logique permanente de prix bas, devenue destructrice pour l’amont agricole et industriel, entrainant une hausse des défaillances d’entreprises et la dégradation de la souveraineté alimentaire française.

Selon la commission, près de 47 % des ventes alimentaires sont désormais influencées par cette guerre commerciale entre enseignes. Pour préserver leur “image prix”, les distributeurs accepteraient des marges faibles, voire nulles, sur certains produits d’appel, compensées par des marges élevées sur d’autres catégories, notamment les produits frais ou les marques de distributeur (MDD).

Le rapport souligne que cette mécanique brouille totalement la perception du “juste prix” pour le consommateur et conduit à une pression continue sur les fournisseurs. Les sénateurs estiment ainsi que les prix de vente en magasin augmentent désormais plus vite que les tarifs réellement négociés avec les industriels depuis 2021.

Des distributeurs accusés de pratiques brutales

Le document décrit des relations commerciales particulièrement tendues entre centrales d’achat et industriels.

La commission évoque des pratiques « assises sur la menace, l’intimidation et la contrainte », avec des baisses de commandes, des menaces de déréférencement ou des demandes d’alignement tarifaire imposées aux fournisseurs.

« Certains industriels auraient subi des réductions brutales de commandes représentant jusqu’à 60 % de leurs ventes auprès d’une enseigne, entraînant plusieurs millions d’euros de pertes sur des produits périssables », dénonce en substance Antoinette Guhl.

Le rapport cible particulièrement les centrales européennes d’achat et de services, accusées de contourner les lois françaises, notamment les dispositifs EGalim. Les sénateurs dénoncent des prestations facturées aux fournisseurs sans rapport avec leur utilité économique réelle.

Une concentration jugée excessive

Le Sénat met également en cause la concentration du secteur, qui crée un rapport de forces déséquilibré au détriment des PME, ETI et producteurs agricoles.

En tenant compte des alliances européennes, trois grands ensembles dominent aujourd’hui le marché français : Concordis (Carrefour et Coopérative U), Aura Retail (Intermarché, Auchan et Casino) et Leclerc.

Les sénateurs reconnaissent par ailleurs que les lois EGalim ont permis des avancées pour mieux prendre en compte les coûts de production agricoles. Mais ils considèrent que leur mise en œuvre reste largement incomplète.

Les principales mesures proposées

Pour rééquilibrer les rapports de force, la commission avance 24 recommandations.

Parmi les plus structurantes :

  • rendre publiques les évolutions des prix consommateurs et des tarifs négociés ;
  • imposer davantage de transparence sur les marges de la distribution ;
  • encadrer plus strictement les centrales européennes ;
  • renforcer les pouvoirs de la DGCCRF ;
  • revoir la notion d’abus de dépendance économique ;
  • et rendre publiques les marges arrière des distributeurs.

Le rapport pourrait désormais nourrir les futurs débats parlementaires autour de l’évolution des lois EGalim et de la régulation des pratiques commerciales dans la grande distribution.

Dans un communiqué commun diffusé le 21 mai, sept organisations professionnelles (Ania, Coopération agricole, Febea, FHER, Ilec, Pact’Alim et Synabio) ont salué « un travail remarquable du Sénat » et appellent le gouvernement à agir. « Nous demandons au gouvernement de prendre, sans délai, des engagements publics et précis sur la méthode et le calendrier qu'il entend suivre dans les prochaines semaines pour mettre fin à ce système mortifère et de corriger durablement les dérives identifiées », ont-elles insisté.

La Fédération des entreprises de charcuterie traiteur (Fict) a également appelé de son côté les pouvoirs publics « à traduire rapidement ces constats en décisions concrètes afin de garantir des relations commerciales réellement équilibrées et préserver durablement la compétitivité des entreprises françaises de charcuterie ».

Adrien Cahuzac

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