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Le bilan concurrentiel des alliances Aura et Concordis en question

Publié le Mis à jour le par
Philippe Jouvet, avocat spécialisé en distribution alimentaire (Cabinet LMT avocats)

L’Autorité de la concurrence a engagé une procédure de bilan concurrentiel sur les alliances à l’achat Aura et Concordis. Il s’intéressera aux retombées des accords sur les approvisionnements en produits de grande consommation et sur l’impact de ces alliances sur le consommateur final.

Le bilan concurrentiel, lancé début janvier, s’intéressera aux impacts des accords, notamment à l’effet du ruissellement avec des baisses des prix pour les consommateurs. Pour Aura (Intermarché, Auchan et
Casino), les contributions des tiers intéressées ont déjà été reçues en mars pour une restitution fin 2026 (respectivement fin juillet 2026 et fin 2027) pour Concordis (Carrefour et U).

Une approche plutôt bienveillante

L’Autorité de la concurrence voit plutôt d’un bon oeil les regroupements à l’achat : le renforcement du pouvoir de négociation des distributeurs tend théoriquement à diminuer les prix pour les consommateurs. Dans sa pratique d’examen préalable des alliances lors de leur constitution comme dans les décisions sur saisine de tiers (association de fournisseurs), l’Autorité n’a jamais sanctionné une
alliance à l’achat. Dans la décision du 22 octobre 2020 (accords « Horizon » entre Auchan, Casino, Metro et Schiever), l’Autorité a simplement accepté les accords sous réserve d’engagements, notamment une limitation de la coopération à 15 % des parts de marché pour certaines catégories de produits. Dans son avis n° 15-A-06 du 31 mars 2015, l’Autorité avait pourtant identifié plusieurs risques concurrentiels qui sont loin d’être théoriques.

Les risques de limitation de l’offre sur les marchés

Sur les baisses de prix tout d’abord, rien n’est automatique. Au sein d’une alliance, chaque distributeur sait que son concurrent ne bénéficiera pas de prix plus faibles que les siens, et l’alliance augmente le coût d’une baisse de prix pour l’industriel, car accordée à un plus grand nombre de distributeurs. Ces effets réduisent l’incitation à la baisse des prix de vente de ces acteurs. Le bilan concurrentiel sera en outre négatif si la baisse des prix éventuellement causée par les alliances diminue la marge des industriels. En conséquence, l’Autorité estime que cela limite à moyen terme leur capacité d’investissement et d’innovation pour développer de nouveaux produits.

Autre impact pervers des regroupements à l’achat : la sélection et donc l’éviction de certains fournisseurs du marché. L’Autorité reconnaît que les gros acteurs sont capables d’assumer une baisse des prix de vente (et de mieux négocier des contreparties avec les distributeurs), là où les fournisseurs les moins compétitifs sont encore plus désavantagés par le mécanisme des alliances.

L’effet de ruissellement n’est pas garanti

L’ampleur de cette répercussion dépend de plusieurs paramètres, dont l’intensité concurrentielle entre distributeurs et la sensibilité aux prix des consommateurs. Selon l’Autorité, les distributeurs peuvent avoir intérêt à limiter la répercussion pour préserver le positionnement tarifaire de certains produits. Une baisse des prix des marques fournisseurs pourrait cannibaliser les ventes de MDD, plus rémunératrices pour les distributeurs. Ces derniers n’ont donc pas intérêt à répercuter intégralement les économies réalisées à l’achat sur certains produits.

Philippe Jouvet, avocat spécialisé en distribution alimentaire (cabinet LMT avocats)

3 POINTS À RETENIR
1 - Pour la première fois, un bilan concurrentiel est lancé pour analyser les effets des alliances à l’achat.
2 - Attention à ce que les diminutions des tarifs demandées ne contraignent pas les fournisseurs à rogner sur l’innovation et la qualité.
3 - Les baisses de prix obtenues peuvent être captées en partie par les distributeurs selon leur stratégie et l’intensité de la concurrence.

 

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