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Pourquoi les coopératives agricoles choisissent-t-elles de s’unir ?

Publié le Mis à jour le par
Philippe Jouvet, avocat spécialisé en distribution alimentaire (Cabinet LMT avocats)

L’année 2026 montre une nouvelle vague de fusions entre coopératives. Mais l’Autorité de la concurrence veille à ce qu’elles n’entraînent pas de positions dominantes.

L'Autorité de la concurrence (ADLC) a autorisé le 17 juillet 2026 la fusion entre Euralis (Chiffre d’affaires 1,6 Mds €, 5 300 adhérents) et Maïsadour (CA 1,4 Mds €, 5 000 adhérents). Ce regroupement de deux mastodontes de la commercialisation de canards gras s’inscrit dans une course à la taille critique pour les acteurs agricoles afin de jouer la compétition internationale, équilibrer les relations avec la distribution et favoriser les grands investissements. L’ADLC veille cependant au grain.

La multiplication de fusions notifiées à l’Autorité

Outre Euralis/ Maïsadour, l’ADLC a autorisé la fusion d’Unicor et Capel (2024), de Terres du Sud et Vivadour (janvier 2026), et s’apprête à recevoir la notification de la fusion annoncée entre Coopérative Agrial / Terrena (7,1 et 5,6 Mds € de CA respectifs). Comme pour Euralis/Maïsadour, cette dernière opération devrait faire d’un examen approfondi (appelé « Phase 2 ») et son autorisation devrait être conditionnée à la prise d’engagements comportementaux (permettre aux agriculteurs de changer plus facilement de contrats pour aller dans une autre coopérative par exemple) et / ou structurels (cession de 12 infrastructures de collecte, cession de l’usine de nutrition animale de Pomarez dans l’opération Euralis/Maïsadour). L’ADLC veut s’assurer que les fusions ne conduisent pas à un renforcement de la position dominante sur des marchés souvent définis localement, ce qui empêcherait une concurrence supposée bénéfique au consommateur. Au vu de la complexité d’une fusion (le droit coopératif est complexe pour les rapprochements capitalistiques) et des contraintes réglementaires, pourquoi les grands groupes agricoles fusionnent-ils ?

Les raisons de la fusion des coopératives

Au regard de l’impact du jeu concurrentiel sur la capacité des acteurs à créer de la valeur, il peut s’avérer plus utile de s’associer. Si le droit de la concurrence a considérablement évolué pour faciliter les coopérations entre entreprises agricoles, les ententes (notamment sur la fixation des prix et la répartition de marché) sont prohibées et sévèrement punies (jusqu’à 10 % du CA mondial des groupes). La taille critique s’acquiert donc par un rapprochement capitalistique et par les synergies qu’il permet : le capital économisé dans les doublons peut être utilisé pour investir dans la modernisation de l’outil productif, la décarbonation, les investissements marketing…

Grandir permet de mieux résister lors des négociations commerciales : en amont, avec les industriels, mais surtout, en aval avec les grands groupes de distribution. Ces derniers fortement concentrés disposent d’un rapport de force favorable, malgré les différentes lois Egalim. Fusionner permet aussi d’aller chercher d’autres marchés, à l’international, alors que la France a perdu beaucoup de compétitivité depuis 20 ans. Nos voisins européens ont compris la valeur ajoutée de groupes de grande taille, intégrés verticalement et diversifiés pour répondre rapidement à la demande des consommateurs

Philippe Jouvet, avocat spécialisé en distribution alimentaire (cabinet LMT avocats)

 

3 RAISONS QUI INCITENT LES COOPS A FUSIONNER
1 - Dégager des synergies pour économiser et investir dans les outils productifs et la décarbonation
2 - Le besoin de peser davantage face à des acteurs de l’amont et de l’aval très concentrés
3 - Aller chercher des marchés à l’international pour mieux lutter face à nos voisins européens

 

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