Les métiers de la R&D en agroalimentaire ont changé de nature en trente ans. Ce que Manageria observe depuis 1990 : une transformation profonde et un marché de plus en plus difficile à lire.
En 1990, quand Manageria place ses premiers directeurs R&D en industrie agroalimentaire, le profil type est clair : un ingénieur ENSIA ou INA PG, formé aux processus de transformation, capable de piloter un laboratoire et de dialoguer avec la production. La R&D de filière, c’est alors essentiellement de l’amélioration produit et de la mise en conformité réglementaire. Le chercheur travaille dans l’ombre du commercial et de l’industriel. Trente-cinq ans plus tard, ce profil n’a pas disparu. Mais il ne suffit plus, et il coexiste avec des configurations que personne n’anticipait.
Du laboratoire à l’interface
La première rupture date du début des années 2000. La montée en puissance des MDD, la pression sur les coûts et les premières crises sanitaires ont reconfiguré la R&D des ETI et PME agroalimentaires. On ne cherche plus seulement quelqu’un qui formule bien. On cherche quelqu’un capable de tenir simultanément la relation client — souvent la grande distribution —, la contrainte réglementaire et le cahier des charges industriel. Le directeur R&D devient un profil d’interface, à mi-chemin entre la technique et le commercial. Dans beaucoup de PME, il gère aussi les affaires réglementaires, parfois la qualité, participe aux appels d’offres et représente l’entreprise face aux organismes de certification. Ce cumul n’est pas un symptôme de sous-effectif : c’est devenu le standard dans les structures de moins de 200 personnes, où la frontière entre R&D et direction technique s’est effacée. Des entreprises ont mis des années à comprendre pourquoi leurs recrutements R&D échouaient : elles cherchaient un technicien là où elles avaient besoin d’un manager transversal.
Transition alimentaire et numérique : un nouveau métier dans l’ancien
La décennie 2010-2020 a introduit une seconde rupture. La montée des attentes sur la naturalité, la reformulation sans additifs et le développement des protéines végétales ont placé la R&D au centre de la stratégie — y compris dans des entreprises qui n’avaient pas l’habitude de la voir là. Les directeurs R&D se sont retrouvés à porter des projets d’innovation structurants, en lien avec des startups ou des instituts techniques, sans toujours disposer des ressources correspondantes. La troisième rupture est en cours. La digitalisation des procédés, la valorisation des données de production et l’usage de l’IA dans la formulation, la prédiction des comportements produit ou l’optimisation des essais transforment à nouveau le périmètre de la fonction. Un directeur R&D qui ne sait pas lire un jeu de données, dialoguer avec un data scientist ou évaluer un outil d’IA appliqué à son métier perdra rapidement pied — quelle que soit sa maîtrise des sciences alimentaires. Cette compétence n’est pas encore exigée dans les fiches de poste des PME. Elle le sera dans trois ans, et les entreprises qui n’anticipent pas ce virage recruteront avec un coup de retard. Ce que nous observons dans nos mandats : les entreprises confondent de plus en plus souvent le profil dont elles ont besoin pour les douze prochains mois et celui dont elles auront besoin dans cinq ans. Le premier est accessible. Le second est rare, et il ne se recrute pas de la même façon. Ces candidats existent, ils ne répondent pas aux annonces et ne sont pas visibles sur les canaux habituels. Le marché n’est pas vide : il est opaque. L’enjeu n’est pas tant la rareté absolue que la capacité à identifier et convaincre des profils qui ont, eux, le choix.
PAR STÉPHANE HERVÉ, PRÉSIDENT DE MANAGERIA
4 observations de Manageria sur 35 ans de R&D
1 - En 35 ans de mandats R&D, la place de la fonction dans l’organigramme a changé plus vite que les compétences techniques
2 - Le directeur R&D est passé de technicien de haut niveau à contributeur stratégique
3 - Il est aujourd’hui attendu sur la data et l’IA autant que sur la formulation
4 - Les PME qui n’ont pas intégré ce changement recrutent en deçà de leur besoin réel

Cabinet conseil en recrutement dédié à l’agroalimentaire depuis 35 ans, MANAGERIA accompagne les PME, ETI et groupes en France et à l’étranger. Notre équipe a développé une expertise pointue sur les cadres et dirigeants. Afin d’être présents sur l’ensemble de l’écosystème agri-agro, nous avons créé une alliance avec le cabinet SYNOVIVO, dédié au secteur agricole.Pour poursuivre les échanges, contactez Cécile Boulaire, directrice de MANAGERIA : infos@manageria.fr
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