De trop nombreuses entreprises ne s’intéressent pas assez à ce que mangent leurs salariés en horaires décalés, de nuit ou ceux qui dégustent 15 échantillons par jour d’huile d’olive. Des mesures d’accompagnement existent.
La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est définie par la Commission européenne comme la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu'elles exercent sur la société. Si le volet environnemental, les droits de l’homme, la loyauté des pratiques sont souvent bien pris en compte, la nutrition des collaborateurs en horaires décalés et des goûteurs en panel sensoriel ne sont pas traités par les entreprises.
Or selon la DARES, service statistique ministériel français rattaché au ministère chargé du Travail, en 2021 seulement 37 % des travailleurs français travaillaient sur des horaires dits « standards », les autres subissant une irrégularité du rythme de vie (horaires de nuit, du temps partiel, des heures supplémentaires, des horaires flexibles…) avec des conséquences sur leur santé. En effet le travail de nuit contribue à un profil de risque défavorable pour les maladies chroniques [1] . Il perturbe les rythmes circadiens, est associé à l’obésité et aux troubles de la glycémie et à une hausse du risque de diabète de type 2 chez les femmes [2] .
Hyperphagie et micro-carences
Ces pathologies sont liées à une hyperphagie nocturne d’aliments ultra-transformés souvent associée à une fatigue décisionnelle. On note également des micro-carences, notamment de magnésium et de vitamine D liées au manque d’exposition lumineuse et au stress oxydatif chronique.
Côté panélistes, même constat : ces personnes des services qualité ou R&D, formées pour évaluer les caractéristiques sensorielles d’un produit, sont exposées à plusieurs sessions de dégustation par jour, plusieurs jours par semaine — parfois tous les jours, plusieurs fois par jour, toute l’année. On note chez eux une charge calorique cumulée, une plus grande exposition aux additifs, une exposition chronique au sel, sucre ou umami qui élève les seuils de perception et perturbe faim/satiété et enfin une dimension psychologique liée au stress de performance sensorielle et fatigue cognitive, avec effets sur l’alimentation post-session.
Levier de prévention
Rappelons que l’article L.4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de préserver la santé physique et mentale de ses salariés. Dans ce contexte, la nutrition est un levier de prévention primaire. En effet l’employeur peut (doit) proposer des solutions pour adapter l’alimentation de ces salariés atypiques.
Pour les personnes en horaires décalés, il peut proposer des repas légers la nuit via un frigo partagé avec des fruits, des légumes, des œufs durs… Assurer un suivi de santé renforcé via la médecine du travail. Proposer des ateliers de sensibilisation sans culpabilisation afin de donner des repères solides pour des choix en autonomie.
Pour les panélistes, établir des protocoles nutritionnels de session avec des temps d’hydratation, des repas pré et post session ajustés. Objectiver ce qui est réellement ingéré et proposer un accompagnement diététique personnalisé pour favoriser l’autorégulation sur le reste de la journée. Enfin, dans la mesure du possible, augmenter les rotations des panélistes.
La mise en place de ces mesures permet d’améliorer la santé et les conditions de travail de ces salariés atypiques, réduisant les arrêts de travail et réduisant le turn-over dans l’entreprise. Remettre/mettre la nutrition au cœur de la démarche RSE de l’entreprise… il est temps d’y penser !
1Ramin et al, 2015
2 Pan et al, 2011